progress ! La sécurité de la médication en EMS

La prise concomitante de plusieurs médicaments (polymédication) et des prescriptions potentiellement inappropriées (PIP) représentent des risques importants pour la sécurité des traitements des résidents d’EMS. Le programme pilote national «progress! La sécurité de la médication en EMS» de la Fondation Sécurité des patients Suisse montre comment la sécurité de la médication des personnes âgées  en soins de longue durée peut être améliorée.

Nécessité d’agir

Les résidents de maisons de retraite et d’EMS de plus de 65 ans sont souvent multimorbides et prennent plusieurs médicaments au quotidien. En Suisse, 86 % de ces patients sont en situation de polypharmacie, ce qui est très dangereux. Le risque d’événements indésirables médicamenteux (EIM) augmente avec chaque médicament supplémentaire. La prise de nombreux médicaments détériore donc la santé des résidents concernés, et certains doivent même être hospitalisés.

La polypharmacie devient particulièrement problématique en cas de prescription potentiellement inappropriée (ou potentially inappropriate prescribing en anglais, PIP). Le terme PIP englobe la sur- et la sous-prescription, ainsi que la prescription inadaptée. La sur-prescription correspond à la prescription d’un traitement non indiqué, alors que la sous-prescription fait référence à la non-prescription d’un traitement indiqué. La prescription inadaptée décrit quant à elle une prescription incorrecte ou sous-optimale d’un traitement indiqué.

Certains médicaments sont particulièrement   inadaptés pour les personnes âgées.et on parle alors de médication potentiellement inappropriée (MPI). Il s’agit d’une forme e prescription inadaptée avec à un rapport bénéfice-risque défavorable pour les patients âgés. Les substances antipsychotiques, les benzodiazépines ou les médicaments qui provoquent des effets secondaires anticholinergiques en font partie. 79 % des résidents d’EMS suisses prennent au moins une MPI susceptible d’augmenter le risque d’EIM et d’hospitalisations. Or 60 % de ces EIM sont considérés comme évitables, car ils sont surtout dus à des erreurs de prescription et de surveillance thérapeutique.

La polypharmacie et les PIP sont donc des problématiques centrales du traitement médicamenteux des résidents en EMS qui mettent leur sécurité en danger. Ces problématiques doivent être identifiées, et la médication doit être adaptée de manière compétente et orientée vers les résidents afin d’améliorer la sécurité de la médication en EMS.

Programme pilote

L’objectif principal du programme «progress! La sécurité de la médication en EMS» est de réduire le nombre d’EIM chez les résidents en EMS de Suisse. La médication prescrite doit être plus sûre et adaptée à chaque résident. A cet effet, Sécurité des patients Suisse a élaboré des standards de qualité destinés à l’ensemble des professionnels impliqués dans le processus de médication. Ceux-ci sont introduits et appliqués en tant que processus standardisé de revue et de surveillance de la médication dans un premier temps dans dix EMS (phase pilote). La mise en pratique des standards de qualité est soutenue par de la formation et d’autres outils d’aide. Ces mesures visent à augmenter et garantir la qualité des soins médicamenteux dans les EMS.

Programme

Le programme pilote «progress! La sécurité de la médication en EMS» se compose d’un projet de base qui s’est terminé avec succès (2016-2018) et  d’un projet d’approfondissement en cours (2019-2021).

Projet de base (terminé)

Le projet de base a permis de recenser et d’analyser les processus de médication dans les EMS suisses et d’identifier les champs d’action primaires. L’Executive Summary du rapport final du projet de base résume les éléments et résultats principaux de la première étape de ce projet, qui a duré deux ans.

Les preuves scientifiques ont été récoltées à l’aide d’une enquête en ligne auprès des directions de soins d’EMS, d’interviews exploratoires menés avec douze médecins de famille et d’EMS, d’une analyse et d’une évaluation de la littérature spécialisée internationale et de projets de recherche ainsi que d’échanges réguliers avec des experts.

Le projet de base a été soutenu financièrement par l’OFSP ainsi que par des subventions du Fond de qualité et de recherche RBP AI/1 et par la Fondation Hanela.
 

Projet d’approfondissement (en cours)

Partant des résultats du projet de base, la Fondation Sécurité des patients Suisse a défini cinq standards de qualité pour une médication plus sûre dans les EMS. Afin de faciliter l’introduction et la mise en pratique de ces standards de qualité, un processus cible a été développé ainsi que d'autres mesures d'amélioration significatives et durables.

Les standards de qualité (SQ)

Les standards de qualité décrivent les exigences minimales appliquées aux processus de médication et aux comportements que les professionnels doivent adopter. L’accent est mis sur les processus de revue et de surveillance de la médication des résidents, dans lesquels l’ensemble des professionnels ainsi que les résidents sont impliqués.

Les standards de qualité sont les suivants:

SQ 1: La médication est revue régulièrement et dans des situations définies.

SQ 2: La revue de la médication est effectuée de manière structurée.

SQ 3: Le suivi de la médication est assuré de manière structurée par les professionnels.

SQ 4: Tous les professionnels s’engagent pour une collaboration interprofessionnelle optimale.

SQ 5: Les résidents sont activement intégrés au processus de médication.

Ces standards de qualité ont été validés par des experts dans le cadre d’un processus Delphi.
 

Introduction et mise en pratique des standards de qualité

Le processus cible développé pour assurer l’introduction et la mise en pratique des standards de qualité doit être considéré comme un modèle de bonnes pratiques. 

Le déclencheur (SQ 1) d’une revue de la médication signifie concrètement que la médication doit être vérifiée régulièrement, c’est-à-dire au moins deux fois par année. Une revue de la médication dictée par la situation est menée par exemple lorsque l’état de santé d’un résident se dégrade, après une hospitalisation ou lorsqu’il en émet le souhait.

Tous les groupes professionnels ont des tâches clairement définies lors d’une revue structurée de la médication (SQ2). Un pharmacien se charge de la vérification pharmaceutique, un infirmier observe l’état de santé des résidents et signale les médicaments potentiellement inappropriés. Le médecin fait son évaluation de manière structurée en tenant compte de la vérification pharmaceutique et des observations infirmières.

Le suivi (SQ 3) est également effectué de manière structurée. Les médecins et les infirmiers auxquels des tâches précises ont été confiées sont les principaux responsables de cette étape. Les infirmiers sont en particulier attentifs aux effets secondaires.

La collaboration interprofessionnelle (SQ 4) est essentielle à toutes les étapes du processus. Cela signifie que les tâches et responsabilités de tous les professionnels impliqués dans le processus de médication sont définies et connues de tous. Il existe une culture de communication ouverte entre tous les professionnels Pour que la médication soit orientée vers les résidents (SQ 5), les professionnels intègrent autant que possible les résidents et leurs proches dans le processus de médication. Ils tiennent compte des besoins des résidents et les font prendre part aux décisions thérapeutiques.

Les professionnels bénéficient également d’autres mesures d’aide pour faciliter la mise en pratique du processus à mettre en place, parmi lesquelles des formations destinées à tous les professionnels impliqués dans le processus de médication, des outils d’aide à la mise en pratique (p. ex. une liste de PIP) et un coaching d’équipe afin d’améliorer la collaboration interprofessionnelle.

Phase pilote et Evaluation

Phase pilote

Afin de tester l’applicabilité et l’efficacité des standards de qualité recommandés et i des autres mesures d’amélioration, la Fondation recrute dix EMS pilotes: cinq dans le canton de Zurich, et cinq dans le canton du Valais. Entre le printemps et l’automne prochains, les EMS pilotes intègreront les processus standardisés aux soins quotidiens des résidents. Ils seront adaptés de manière optimale à la situation de chaque établissement. Le coaching d’équipe, les formations et et les autres outils de Sécurité des patients Suisse soutiendront les professionnels de la santé participants.

Si les standards de qualité sont introduit avec succès et si les professionnels les acceptent et en sont satisfaits, ils seront ensuite diffusés dans toute la Suisse. Pour ce faire, la Fondation Sécurité des patients Suisse établira des recommandations et des outils utilisables par tous les EMS.

 

Evaluation

Dans le cadre du programme pilote, nous évaluerons comment les standards de qualité peuvent être introduits et mis en place dans les maisons de retraite et EMS suisses. Des données de base sur les caractéristiques des différents EMS et des professionnels impliqués, des indicateurs d’efficacité et des indicateurs de processus seront récoltés:

Données de base: relevé des caractéristiques des EMS ainsi que des professionnels impliqués.

Indicateurs d’efficacité: les indicateurs d’efficacité sont calculés en fonction du nombre de médicaments prescrits, de l’indicateur de qualité national «polymédication», du nombre de duplicata, des interactions médicamenteuses dont les effets sont nocifs, du nombre de MPI, ainsi que de l’emploi d’antipsychotiques, d’anticholinergiques et de benzodiazépines. De plus, l’intégration des résidents dans le processus de médication sera documentée.Indicateurs du processus: l’applicabilité, l’acceptation des nouveaux processus ainsi que l’adhésion à ces derniers seront étudiées. La satisfaction des professionnels quant aux nouveaux processus ainsi que la collaboration interprofessionnelle seront également prises en compte.

Le recensement des indicateurs d’efficacité se fera au début et à la fin de la phase pilote, à l’aide des listes de médication de chaque résident. L’intégration des résidents au processus et une partie des indicateurs de processus seront continuellement recensées durant toute la phase pilote à l’aide d’un questionnaire d’évaluation. D’autres indicateurs de processus, la sensibilisation à la problématique ainsi que des données de base sur les professionnels impliqués seront évalués rétrospectivement à la fin de la phase pilote à l’aide d’un questionnaire. En outre, une enquête sera menée auprès des chefs de projet responsables de chaque EMS pilote afin de recenser les caractéristiques des établissements et d’évaluer les formations.

Soutien idéel

Partenaire de coopération scientifique

Groupe de suivi spécialisé

  • Kerstin Bilinski, RAI Pflegecontrolling und HL Assistenz, Alterswohnsitz Bürgerspital St. Gallen (bis 12/2018)
  • Mélanie Bruhlhart, Apothekerin, Pharmacie interjurassienne, Moutier
  • Prof. Olivier Bugnon, Pharmacien chef et Responsable du Centre de pharmacie communautaire, Policlinique Médicale Universitaire, Lausanne
  • Sabine Felber, Leiterin Pflege und Betreuung und Mitglied der Geschäftsleitung, Betagtenzentrum Emmen AG
  • Dr. med. Dan Georgescu, Bereichsleiter und Chefarzt des Bereichs Alters- und Neuropsychiatrie, Mitglied der Geschäftsleitung, Psychiatrische Dienste Aargau AG
  • Dr. med. Max Giger, Unabhängige Beschwerdestelle für das Alter, Fachkommission ZH/SH
  • Dr. med. Rolf Goldbach, Geriatrischer Dienst der Stadt Zürich
  • Saadet Grandazzo, Stv. Leiterin Betreuung und Pflege, Suhrental Alterszentrum in Schöftland AG AG
  • Monika Kahindi-Knecht, Fachfrau für Langzeitpflege und Betreuung, Viva Luzern AG Rosenberg (bis 12/2018)
  • Michael Kirschner, Wissenschaftlicher Mitarbeiter, Fachbereich Menschen im Alter, Curaviva
  • Christian Streit, Geschäftsführer senesuisse
  • Prof. Dr. med. Andreas Stuck, Klinikdirektor und Chefarzt, Inselspital, Geriatrische Universitätsklinik (bis 12/2018)
  • Dr. med. Florian Suter, Geschäftsführer Ärztenetz Nordwest AG
  • Carole Pelletier, infirmière MAS en gérontologie, directrice EMS Lajoux (jusqu'à 1.9.19)
  • Carlo Vassella, Apotheker, Monte Carasso
  • Dr. Franziska Zúñiga, Institut für Pflegewissenschaft, Universität Basel; Mitarbeiterin Qualitätsmanagement, KZU Kompetenzzentrum Pflege und Gesundheit

Dr méd. Simone Fischer

Responsable de programme

+41 43 244 14 92
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