Le double contrôle pour les médicaments à haut risque

Dans le cadre d’un projet de recherche, Sécurité des patients Suisse a étudié les doubles contrôles en oncologie. Les résultats ont été intégrés dans une recommandation pour l’application des doubles contrôles dans la médication à haut risque. Depuis septembre 2018, la recommandation est parue dans la Publication No 10 de Sécurité des patients Suisse.

 

Pour lutter contre les erreurs de médication lors de la prescription, la préparation et l’administration de médicaments à haut risque, la pratique dite du double contrôle est toujours plus fréquemment utilisée pour éviter une administration incorrecte. La méthode n’est toutefois pas infaillible, notamment lorsque les professionnels sont dérangés dans leur tâche pour réaliser le contrôle. Par ailleurs, l’efficacité des doubles contrôles a fait l’objet de peu d’études scientifiques et des standards nationaux font défaut.

Sécurité des patients Suisse a élaboré des définitions pour distinguer différentes formes de doubles contrôles et les différencier des autres formes de contrôle dans les processus de médication. Elles contribuent à décrire les processus de médication et à développer des directives. En 2020, une nouvelle revue publiée dans le journal «BMJ Quality and Safety» a montré que l’efficacité des doubles contrôles n’a toujours pas été démontrée. Le cadre de définition de Sécurité des patients Suisse a été publié avec cette revue. Il vise à structurer la recherche sur l’efficacité des doubles contrôles et à augmenter sa validité. Les contenus de ces publications sont également décrits dans la publication n° 10 en français, italien et allemand.

Que révèlent réellement les doubles contrôles?

La nouvelle publication scientifique de la Dre Yvonne Pfeiffer, de Chantal Zimmermann et du professeur David Schwappach de Sécurité des patients Suisse sur les doubles contrôles analyse ce que les infirmiers détectent réellement lors d’un double contrôle. Fait intéressant, les résultats indiquent que seulement la moitié de toutes les incohérences identifiées concernent la comparaison de la médication et de la prescription. L’autre moitié est attribuable aux connaissances et à l’expérience des infirmiers. En effet, ceux-ci remarquent par exemple que la durée de perfusion prescrite est trop longue. Ce résultat montre une tendance fascinante: si une partie des bénéfices des doubles contrôles provient de la mise à jour des connaissances des professionnels, des épreuves de plausibilité avant l’administration seraient plus opportunes dans ces cas-là que des doubles contrôles.

De plus, l’étude a montré que les doubles contrôles servent souvent à corriger des erreurs commises bien plus tôt dans le processus de médicament, lors de la prescription. Ces deux résultats ouvrent de nouvelles voies d’amélioration du processus de médication. Vers le résumé de bmj open de septembre 2020.

Projet de recherche

En 2017, Sécurité des patients Suisse a achevé un projet de recherche qui étudiait la réalisation du double contrôle dans l’oncologie. La Recherche suisse contre le cancer et la fondation Hanela ont financé le projet. Trois études différentes ont ainsi été menées dans trois hôpitaux : une enquête auprès du personnel infirmier, une observation du double contrôle et une analyse des vérifications (checks) de la prescription à l’administration. Après individualisation, les résultats de l’observation ont été évalués par hôpital et les conclusions communiquées lors d’événements spécifiques.

Recommandation sous la forme d'une publication

Parallèlement au projet de recherche, Sécurité des patients Suisse a développé une recommandation relative aux doubles contrôles dans la médication à haut risque. L’important travail de fond du projet de recherche a servi de base à la recommandation et a notamment permis de répondre à la question suivante : « qu’entend-on par double contrôle ? ». Ni la recherche, ni la pratique n’avaient encore donné de réponse à cette question apparemment banale. Le « double » résulte-t-il de deux contrôles à des moments distincts ou de deux personnes impliquées ?

La recommandation parue en septembre 2018 et éditée par Sécurité des patients suisse dans sa Publication N° 10 porte le titre : « Le (double) contrôle de la médication à haut risque : recommandations destinées aux hôpitaux suisses ». Elle comporte une clarification exhaustive, largement illustrée de nombreux exemples pratiques, de la notion de (double) contrôle. Parmi d’autres éléments essentiels de la recommandation, se trouvent les réponses aux deux questions suivantes : lors de quelles étapes du processus de médication un double contrôle ou un check se justifient-ils ? et comment procéder idéalement à un bon (double) contrôle ?

Sécurité des patients Suisse recommande de baser le travail relatif à ses propres actions de contrôle sur une analyse des procédures qui saisira les contrôles existants du processus de médication .

Pour l’élaboration de la recommandation ( Publication N° 10 ), l’équipe de projet avec le docteur Yvonne Pfeiffer, le professeur David Schwappach et Chantal Zimmermann de Sécurité des patients Suisse a pu s’appuyer sur l’expérience acquise durant le projet de recherche en oncologie. L’équipe de projet a effectué des visites de sites intensives dans diverses unités et différents hôpitaux. La recommandation peut être commandée sous forme de brochure dans le shop ou téléchargée sous forme de fichier pdf à partir de cette page.

Les parutions suivantes complètent la recommandation :

  • un dépliant synthétisant les messages essentiels de la recommandation
  • une pocketcard définissant les checks et les contrôles. Un outil utile notamment lors de l’analyse des processus.   

Dr Yvonne Pfeiffer

Collaboratrice scientifique

+41 43 244 14 85
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